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Musée des Beaux-Arts
Ville de La Chaux-de-Fonds
 
Mot de la conservatrice

GO!!!!!!!


La Chaux-de-Fonds, ville curieuse au monde

La Chaux-de-Fonds est une ville à la destinée particulière, qui en fait presque une anomalie : quelle idée, à première vue, que de construire une ville de cette ampleur (plus de 35'000 habitants, la troisième ville de Suisse romande) à mille mètres d’altitude, à l’écart des grandes voies de transit international ? C’est que la richesse de la ville tient à sa lumière et à l’esprit à la fois laborieux et inventif de ses habitants, qui ont permis que s’y développe une importante industrie horlogère. Cette société singulière, composée d’artisans et d’ouvriers qualifiés fiers de leur statut et d’entrepreneurs industrieux, a marqué tant l’architecture de la ville (inscrite au patrimoine mondiale de l’unesco au titre de témoin d’une civilisation horlogère) que sa vie sociale et culturelle. Désireux de pallier aux inconvénients de leur isolement géographique, aiguillés par les perspectives ouvertes par une industrie à l’horizon international, des membres de la société civile ont régulièrement unis leur force pour créer des institutions qui ont contribué au développement d’une culture à la fois locale et autonome et ouverte sur le monde, comme en témoigne joliment le slogan du Club 44, un club de conférences unique en son genre et à la programmation prestigieuse : Le monde en tête à tête.

C’est ainsi que le Musée des beaux-arts, où j’ai pris mes fonctions en 2007, a été construit en 1926 par la Société des amis des arts, active depuis le milieu du siècle précédent. Les plans en sont dus à une figure singulière de l’art chaux-de-fonnier, Charles L'Eplattenier, qui développa avec ses élèves de l’École d’art une intéressante variante locale de l’Art nouveau, le « style sapin », et fut le mentor de Le Corbusier, natif de la ville, et qui y construisit ses premières villas. Ce qui m’a tout de suite attiré dans cette institution, outre son riche passé et la qualité de sa collection et de son écrin, c’est l’attachement manifeste que lui portent son public direct et une grande partie de la population. C’est cet investissement et cet enthousiasme communicatif qui ont permis aux institutions culturelles de survivre à des crises aussi graves que la crise horlogère qui a frappé de plein fouet la ville dans les années 70, et de perpétuer l’esprit de curiosité et d’ouverture si caractéristiques de La Chaux-de-Fonds.

Aujourd’hui, de plus en plus désenclavée à l’heure d’Internet et des communications rapides, La Chaux-de-Fonds n’en continue pas moins à tracer sa voie propre, à la fois provinciale et cosmopolite, qui en fait une ville attachante et conviviale. Mais elle a cela de commun avec Moscou, ma ville d’origine, que ses richesses, toujours étroitement liées à la vie de ses habitants, ne se découvrent que progressivement au visiteur : ville curieuse du monde, La Chaux-de-Fonds a aussi besoin de visiteurs curieux.

 

Lada Umstätter

Conservatrice

Photographie de Pablo Fernandez







 

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